Ziani : «Contre le Brésil, nous jouerons pour gagner»
C'était dans l'air depuis la finale de la Coupe de France en mai dernier entre l'Olympique de Marseille et Sochaux, et même avant : Karim Ziani, l'un des joueurs les plus convoités en France durant l'intersaison, est passé à l'OM. Le petit lutin algérien vient, en deux ans, de passer de l'anonymat de la Ligue 2 vers les feux de la rampe au sein du club le plus médiatisé de France. Du coup, la stratégie de gestion de son parcours sportif se révèle avoir été sage, réfléchie et judicieuse. La tête bien sur les épaules, bien conseillé par son père, Ziani suit rigoureusement le «plan de carrière» qu'il s'est tracé. Un plan fait de passages d'étape graduels, sans brûler les étapes ni griller le talent dans son affirmation. En débarquant à l'OM à 25 ans, l'international algérien est à l'heure dans le timing de sa carrière. Ce qui ne gâte rien, c'est qu'il est également à l'heure pour une saison que les observateurs jugent -et espèrent- comme étant celle du renouveau de l'Olympique de Marseille sur la scène française et européenne.
Moins on dit, plus on fait, mieux c'est
En effet, cela fait des années qu'il n'y a plus autant de grands talents réunis au sein du champion d'Europe de 1993. Avec pas moins de huit internationaux, toutes nationalités confondues, l'OM «a de la g...», pour reprendre la prédiction gouailleuse d'un vieux Marseillais, un maillot tout fraîchement floqué du nom de Zenden sur le dos. Ici, il n'y a aucun doute : il faut être champion ! Ce n'est pas «on peut», mais «il faut» ! A Marseille, on connaît bien les nuances de la langue française. Alors, que joueurs et adversaires se le tiennent pour dit : les supporters de l'OM n'accepteront rien d'autre que le titre. Ziani, pas né de la dernière pluie, le sait très bien, mais il n'a pas froid aux yeux. Avec sa discrétion habituelle, il vient, s'entraîne, s'adonne à ses obligations envers les partenaires médias et les sponsors du club, joue les jours de match et rentre chez lui. Il sait au fond de lui que dans un club comme Marseille, moins on dit, plus on fait, mieux c'est. Qu'il doit plus surveiller ce qu'il dit que ce qu'il fait sur le terrain. Chaque phrase, chaque propos, chaque parole sont disséqués, analysés, décodés, décryptés et parfois même déformés. «A Marseille, il faut savoir parler avant même de savoir jouer», explique Serge, supporter quadragénaire qui se rappelle très bien ce qui en avait coûté, à l'époque, à Christophe Dugarry pour avoir eu quelques paroles peu amènes à l'égard du club et des supporters. Ce n'est pas de Ziani qu'il faudra attendre une attitude similaire, lui qui, en plus de sa réserve naturelle, a été instruit de ce qu'il ne faut pas faire à l'OM.
Nasri et Ziani, entre artistes
Bonne nouvelle : la défense marseillaise est solide avec zéro but encaissé en deux matches. Mauvaise nouvelle : l'attaque marseillaise est toujours muette après deux journées de championnat. Deux rencontres, deux nuls blancs : les débuts de l'OM ne sont pas à la hauteur des 42 000 abonnements de cette saison (un chiffre qui aurait pu être plus important si le club n'avait pas imposé un plafond pour le nombre d'abonnés), ni des 60 000 spectateurs présents au stade Vélodrome samedi dernier pour le premier match à domicile face à Rennes. Dans les deux matches, Karim Ziani a été l'un des meilleurs de son équipe, du moins au niveau de la maîtrise technique balle au pied. D'ailleurs, contre Rennes, il a été l'auteur de l'occasion la plus franche pour l'OM lorsque, à la 32', il a été démarqué très intelligemment par Nasri dans la surface de réparation, avant de voir son tir du pied gauche percuter le poteau droit et sortir. Entre Samir et Karim, il y a l'esquisse d'une entente entre artistes. Malheureusement pour les deux, Nasri a dû être remplacé à cause d'une légère blessure. Dans la presse française et parmi les supporters, ce n'est pas le talent des joueurs qui est remis en cause, mais plutôt le travail du staff technique qui, selon eux, ne tire pas le meilleur de la multitude de talents qu'il a sous la main. Un Boudewijn Zenden, qui a pourtant été titulaire au sein de Liverpool la saison dernière, surtout en Ligue des champions, accumule les prestations médiocres depuis le début de la préparation, ce qui est l'indicateur que le problème n'est pas en lui. Pour le plus grand bonheur des joueurs, ils n'auront pas à subir longtemps la grogne des supporters et de la presse locale puisqu'ils enchaînent avec deux autres matches de championnat, ce mercredi à Valenciennes et dimanche prochaine contre Nancy. En attendant, Ziani est épargné par les critiques. On loue même sa polyvalence, tout en soulignant qu'il ne donnera la pleine mesure de son talent qu'une fois qu'il aura joué plusieurs matches en association avec Nasri poursuivant son bonhomme de chemin, décidé à réussir cette nouvelle étape de sa carrière. Ce qui est certain, c'est qu'il commence à mettre les exigeants supporters marseillais dans sa poche.
«Il faut régler le problème des terrains en Algérie»
Vous êtes désormais joueur de l'Olympique de Marseille, un club d'envergure en France et en Europe. Est-ce un saut qualitatif dans votre carrière ?
C'est un club qui me permet de passer à un niveau supérieur dans ma carrière. Il y a tout ce qu'il faut. Toutes les conditions sont réunies pour faire du bon travail. Il y a un grand public, mais également de grandes attentes. En un mot, c'est un super club.
Comment avez-vous été accueilli, sachant que c'est un club particulier avec des supporters passionnés et exigeants ?
J'ai été très bien reçu. De ce côté-là, ça va. J'ai été bien adopté par l'effectif et par le staff. Tout s'est bien passé.
Dès le départ, vous aviez refusé le statut de successeur de Franck Ribéry, mais voilà que vous avez dû remplacer Samir Nasri dans le rôle de meneur de jeu durant le premier match contre Strasbourg. Votre polyvalence est-elle un atout aux yeux du staff technique de l'OM ?
Il est certain que je peux jouer à tous les postes, mais le poste où je me sens le mieux -et tout le monde le sait-, c'est sur les côtés. Cela dit, je joue là où on me demande de jouer car il y a aussi les choix du coach qui interviennent. J'espère apporter ce qu'on attend de moi là où on me met, même si, au risque de me répéter, je préfère jouer sur les côtés.
Avez-vous discuté avec votre entraîneur, Albert Emon, de votre positionnement sur le terrain ?
Pas spécialement. Je ne me prends pas la tête avec ça. C'est à lui de décider où je vais jouer et je dois me donner à fond dans le rôle qu'il me donnera.
Comment jugez-vous les débuts de l'OM en championnat contre le RC Strasbourg (entretien réalisé avant le match de samedi dernier contre Rennes, ndlr) ?
Nous avons pris un point à l'extérieur, ce qui est positif car nous avons été costauds défensivement. Cela dit, nous n'avons pas eu le rendement offensif souhaité. Nous ne nous sommes pas créé beaucoup d'occasions, nous n'avons pas bien joué. Cela dit, nous restons solidaires et confiants.
La sélection nationale s'apprête à jouer un match amical de prestige contre le Brésil qui précédera le dernier match des qualifications pour la CAN-2008 contre la Gambie. Pensez-vous, en toute franchise, que l'Algérie peut encore se qualifier ?
Tant qu'on a une chance, il faut la jouer à fond. On ne sait jamais ce qui peut se passer en football. Vous avez bien vu ce qui s'est passé pour nous à domicile face à la Guinée alors que personne ne s'y attendait. Il y a toujours des retournements de situation imprévisibles. Même si nous ne terminerons pas en tête de notre poule, nous pouvons encore nous qualifier parmi les meilleurs deuxièmes. Ce qui est certain, c'est qu'en cas de qualification, nous montrerons un meilleur visage durant la CAN-2008 car nous aurons, entre-temps, une bonne préparation.
L'équipe nationale est particulièrement motivée contre les grandes équipes, comme cela a été le cas contre l'Argentine, mais tombe dans la facilité contre des formations supposées être de moindre envergure. Serez-vous motivés contre le Brésil ?
Nous le serons dans la mesure où nous devons faire honneur au maillot qu'on porte. Cela dit, il ne faut pas oublier que, face à l'Argentine ou le Brésil, on ne joue pas dans les mêmes conditions que face à la Guinée. Franchement, en Algérie, nous ne sommes pas mis dans les meilleures conditions pour jouer du beau football parce que nous n'avons pas de bons terrains, alors que lors de nos matches disputés contre de grandes nations en Europe, nous évoluons sur de bons terrains. L'équipe nationale est constituée essentiellement de joueurs qui sont portés sur la technique et la vitesse, et l'état du terrain ne nous permet pas de nous exprimer pleinement. Nous devons avoir, en Algérie, un bon terrain, digne de notre pays, comme ceux qui existent en France. Il faut régler ce problème.
Contre le Brésil, chercherez-vous le résultat à tout prix, quitte à vous regrouper derrière, ou à faire une belle prestation ?
Moi, je cherche toujours à gagner un match. C'est vrai que ce ne sera pas du tout une partie de plaisir, mais cela reste un match amical qui nous permettra de continuer à travailler tous ensemble.
Comme c'est le cas ces dernières années, vous êtes nominé cette année aussi pour le Ballon d'Or algérien de la saison 2006-2007. Visez-vous le remporter à nouveau ?
Bien sûr, et je fais tout sur le terrain pour pouvoir le gagner de nouveau. Cela dit, il y a de très bons joueurs qui sont candidats comme moi et ils le méritent aussi. On verra ce que donnera le vote.
Entraînements en présence de la... police
Les supporters de l'OM sont capables d'attendre de longues heures, parfois sous la pluie, pour voir de près leurs idoles. Les plus chanceux parviennent à arriver jusqu'aux abords du terrain d'entraînement, alors que les autres font le pied de grue à l'entrée de la Commanderie, encadrés par des... policiers. En effet, l'OM est le seul club en France dont les entraînements, surtout lorsque les résultats suivent, se font en présence de policiers aux alentours. Plus même : suivant l'affluence au portail principal, les agents de sécurité affectés au parking des joueurs, informés, par talkies walkies, indiquent aux joueurs s'ils doivent sortir par là ou par une entrée de service discrète donnant sur un chemin communal.
Près des c½urs, mais loin des yeux
Compte tenu de la passion des Marseillais pour le football et pour leur club, il est impossible aux joueurs de l'OM de résider à Marseille. Cela a toujours été le cas, depuis de longues années. Lorsqu'un nouveau joueur débarque au club, la direction du club lui conseille toujours de trouver une résidence en dehors de la ville s'il ne veut pas être harcelé par les fans. Karim Ziani a tenu compte de ce paramètre en choisissant une belle maison à Aix-en-Provence, à une trentaine de kilomètres de Marseille. Depuis qu'il est arrivé au sein du club, il limite ses sorties dans la ville au strict minimum. D'ailleurs, il ne vient généralement à Marseille que pour les entraînements et les matches. Autrement, il reste chez lui, auprès de sa femme et de sa fille, ou sort en famille dans des endroits discrets loin de la ville. C'est l'inconvénient d'être star.
Karim le Harrachi a croisé Karim le Marseillais
Jeudi dernier, Karim, jeune Algérien du quartier Lavigerie (près d'El Harrach), est finalement arrivé à ses fins : approcher les joueurs de l'OM, son club préféré. Au prix d'une tenace obstination, et après plusieurs tentatives, il a pu obtenir un visa d'un mois pour la France. Alors, il s'est mis en tête d'entrer à la Commanderie avec les supporters pour suivre les entraînements. Il y est parvenu, non sans ruser. Finalement, il a pu avoir des autographes de Cissé, Nasri, Givet, Rodriguez, Arrache et Cana, sans oublier Ziani. Ce dernier, en apprenant que c'est un compatriote, lui a même accordé la faveur de prendre une photo avec lui dans sa voiture. «J'en rêvais depuis des mois et je suis content que j'aie pu le faire. Et puis, concrétiser ce rêve alors que Ziani et Arrache sont dans le club, c'est le top», nous a avoué Karim, heureux.
Une fresque du drapeau algérien au stade Vélodrome
Les supporters algériens de l'Olympique de Marseille l'avaient promis, ils l'ont fait : pour son premier match sous le maillot de l'OM au stade Vélodrome, Karim Ziani a été accueilli par une immense fresque dessinée par eux et représentant le drapeau algérien, avec une banderole où il est écrit blanc sur bleu «N°6 ZIANI» (voir photo). Cette manifestation de ses compatriotes supporters a énormément touché l'international algérien, heureux du soutien des siens.
La fresque sera présentée lors de Brésil-Algérie
La présentation d'une fresque du drapeau algérien par les supporters algériens de l'OM était destinée à accueillir Karim Ziani, mais il s'agissait aussi d'une répétition avant le match amical entre le Brésil et l'Algérie qui aura lieu le 22 août prochain à Montpellier. En effet, ces supporters seront présents en force au stade de La Mosson pour soutenir la sélection algérienne.
Pénibles, les séances... d'autographes
A la Commanderie, le centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, il y a la séance d'entraînement... et la longue séance de dédicaces et de photos avec les supporters. Plus que dans un autre club, il ne s'agit pas d'une simple banalité, de signatures sur deux ou trois bouts de papiers pris au hasard. C'est une culture, voire une énorme corvée pour certains joueurs, conscients qu'il leur suffit de commencer par un autographe pour en avoir pour une dizaine de minutes au bas mot, si ce n'est pas... une demi-heure. Karim Ziani, pas trop expansif de nature, a été au début surpris par cette proximité avec les fans, mais il s'est prié à la règle de la maison en s'attardant lui aussi dans les séances de dédicaces, surtout qu'il est parmi les plus sollicités, au même titre que Nasri, Zenden, Cissé, Cana et Carrasso.